Le Groupe d’action financière (GAFI) envoie un double signal fort au marché : un changement de gouvernance à sa tête et un renforcement clair de ses attentes réglementaires sur les stablecoins. Deux évolutions qui confirment une chose : l’environnement AML/CFT continue de se structurer, notamment autour des actifs numériques.
Une nouvelle présidence pour orienter les priorités du GAFI
À l’issue de sa dernière assemblée plénière, le GAFI a annoncé la nomination de Giles Thomson à sa présidence pour la période (juillet 2026 – juin 2028). Il succédera à Elisa de Anda Madrazo, dont le mandat a été marqué par une intensification des efforts internationaux contre la criminalité financière.
Giles Thomson n’est pas un profil neutre. Directeur de la lutte contre la criminalité économique au Trésor britannique, il pilote déjà des politiques liées au blanchiment d’argent, au financement du terrorisme et aux sanctions financières.
Sa trajectoire indique une continuité stratégique : renforcer la coordination internationale et durcir l’application des normes existantes.
Stablecoins : vers une régulation beaucoup plus opérationnelle
Le second signal est encore plus critique : le GAFI cible explicitement les stablecoins comme vecteur croissant de risques AML/CFT.
Le constat est brutal :
- les stablecoins représentent désormais une part majoritaire des transactions illicites en crypto,
- leur adoption massive (plus de 300 milliards de dollars de capitalisation) en fait un outil privilégié pour les criminels.
Mais là où ça devient intéressant, c’est dans les mesures concrètes recommandées.
Le GAFI pousse les juridictions à imposer aux émetteurs de stablecoins :
- des mécanismes de blocage des transactions (blacklists / listes de refus),
- des capacités techniques de gel ou de récupération des fonds,
- des obligations de reporting renforcées,
- une disponibilité opérationnelle 24/7 pour les autorités.
Ce n’est plus de la compliance “papier”. On parle ici de compliance embarquée dans le code (smart contracts).
Un changement de paradigme : de la conformité déclarative à la conformité technique
Le point que la majorité des acteurs sous-estime : le GAFI ne se contente plus de recommandations générales.
Il exige :
- une montée en compétence technique des régulateurs (blockchain analytics, interopérabilité, etc.),
- une application stricte de la Recommandation 15 sur les actifs virtuels,
- une responsabilisation directe des acteurs privés (VASP, émetteurs, institutions financières).
Concrètement, cela signifie que :
- les zones grises réglementaires vont disparaître,
- les acteurs non conformes deviendront des risques systémiques,
- la pression sur les outils KYC/AML va mécaniquement augmenter.
Conclusion
Ces évolutions confirment une tendance de fond : la lutte contre le blanchiment ne se limite plus à des obligations déclaratives, elle devient technique, proactive et intégrée aux infrastructures elles-mêmes. Entre le changement de présidence et le durcissement des exigences sur les stablecoins, le GAFI accélère clairement le rythme.
Pour les acteurs concernés, la question n’est plus de savoir si ces exigences vont s’appliquer, mais quand et surtout s’ils seront prêts à y répondre sans friction opérationnelle.

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